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“Le post-partum, c’est un renversement total d’existence. Un évènement aussi profond que sa propre naissance.” - Anna
Anna Roy, sage-femme passionnée et passionnante, nous a offert une masterclass riche, sans-filtre et bienveillante. Voici le récap complet de ses conseils, observations et des réponses qu’elle a apportées aux questions posées en live.
Le post-partum, c’est quoi vraiment ?
La définition médicale du post-partum est brève : entre la sortie du placenta et le retour des règles. Autant dire, pas grand-chose.
Dans la réalité, c’est bien plus vaste. Pour Anna Roy, le post-partum dure environ 3 ans. Car ce n’est pas qu’une récupération physique, c’est un bouleversement identitaire qui impacte toutes les sphères de la vie : on devient parent, on ne vit plus seulement pour soi, mais aussi pour un·e autre.
“C’est une course d’endurance, pas un sprint” - Anna
C’est bien ou c’est horrible ?
Les deux, et c’est ça le plus déroutant.
Le post-partum est une expérience universelle mais unique. Chaque personne traversera cette période à la naissance d’un enfant, mais chaque parcours sera différent. Même pour une même femme, il n’y a pas deux post-partums pareils.
Parfois, c’est doux. Parfois, c’est violent. Le plus important : ne pas comparer. Et surtout, ne pas culpabiliser.
Ce n’est pas parce qu’on aime son bébé qu’on ne peut pas avoir envie de tout envoyer valser.
Ce n’est pas parce qu’on a vécu une dépression post-partum une fois qu’on en revivra une.
Et ce n’est pas parce qu’on n’a pas “le coup de foudre” qu’on ne va pas créer un lien fort, plus tard.
“C’est comme une transatlantique, parfois vous allez voir les plus beaux paysages de votre vie et parfois vous allez passez par des creux de 4 mètre. Une vraie aventure.” - Anna
Pourquoi c’est si bouleversant ?
Parce que tout change d’un coup :
Le corps, la tête, le sommeil, la libido, le couple, le travail, les repères, les finances…
Un enfant, c’est en moyenne 8 heures de travail en plus par jour. Autant dire que ça déplace tous les équilibres.
🧠 Dans ta tête
Le baby blues
Le baby blues touche environ 80 % des femmes. C’est une montagne russe émotionnelle, souvent très intense, mais brève. Si ça dure plus de 15 jours, parle à une sage-femme ou un·e psy.
La dépression post-partum
Touche 15 à 30 % des femmes, souvent autour de 4 et 9 mois. Elle n’a rien à voir avec un manque d’amour. C’est une fatigue physique et mentale cumulée.
Bonne nouvelle : elle se soigne très bien, plus facilement que les dépressions “classiques”, surtout si elle est prise en charge tôt.
Il existe aussi plusieurs outils de dépistage :
➡️ L’entretien postnatal, à réaliser avec une sage-femme ou un médecin entre 6 et 8 semaines après l’accouchement.
➡️ Le test EPDS, un questionnaire qui peut être fait en ligne et répété régulièrement après la naissance. Si le score est supérieur à 10, il est recommandé de consulter.
➡️ Le test HAD, qui permet d’évaluer à la fois la dépression et les troubles anxieux.
L’hypervigilance
Tu surveilles ton bébé comme un suricate sous amphétamines ?
C’est fréquent au début.
Le cerveau parental se met en mode alerte maximale, ce qui peut empêcher de dormir même quand le bébé dort.
Si ça s’installe, il faut casser le cycle :
➡️ confier le bébé à quelqu’un de confiance quelques heures
➡️ sortir, marcher, faire quelque chose pour toi
➡️ ne pas aller se coucher immédiatement
La détente revient souvent après ce moment de déconnexion… et le sommeil aussi.
Les phobies d’impulsion
Ces images effrayantes peuvent arriver. Jusqu’à 2 ou 3 par jour, c’est courant. Au-delà de 15 par jour, il faut consulter.
Psychose (hallucinations) :
Les hallucinations, comme entendre ou voir quelque chose qui n’existe pas, sont généralement faciles à repérer. Il faut consulter un professionnel de santé.
🩺 Dans ton corps
Le vécu physique du post-partum est très variable : il dépend de ton accouchement, de ta grossesse, des suites, de ta forme, de ton entourage...
Mais une chose est sûre : les 15 premiers jours, tu dois tout sacrifier pour ton bien-être physique. Pas de sport, pas de charge lourde, pas de mouvements d’abaissement.
Ton corps est en train de traverser ce que certains professionnels appellent un processus de “dégestation” : il doit se remettre des bouleversements physiques et émotionnels de la grossesse et de la naissance.
Concrètement, il se passe beaucoup de choses en même temps :
- L’utérus se contracte pour retrouver sa taille normale, ce qui peut provoquer des tranchées (des douleurs parfois assez fortes).
- Il y a des saignements pendant plusieurs semaines.
- Les variations hormonales sont très importantes.
- Et dans 86 % des cas, l’accouchement laisse une cicatrice (déchirure, épisiotomie ou césarienne).
La récupération est très variable d’une personne à l’autre.
➡️ ne sois pas trop dure avec ton corps.
Ton corps a mis 9 mois à changer, il ne peut pas revenir à son état initial en 6 semaines.
Comme Anna le dit simplement :
“C’est mathématiquement impossible.”
L’énergie et la fatigue
La fatigue est un des sujets majeurs du post-partum.
Et il est impossible de prévoir quand l’énergie reviendra.
Le manque de sommeil s’accumule dans la durée, et beaucoup de femmes racontent être plus fatiguées à 18 mois qu’à 3 mois.
Certaines disent retrouver une vraie sensation de normalité vers les 3 ans de l’enfant.
Et les co-parents aussi
La fatigue ne concerne pas seulement la mère. Environ 10 % des pères ou co-parents font une dépression post-partum.
❤️ Dans ta vie
La sexualité change
“La première chose qui disparaît avec la fatigue, c’est le désir.” - Anna
La sexualité peut prendre du temps à revenir. Mais elle revient, et parfois différemment, parfois mieux. La fatigue et le manque de temps peuvent faire baisser le désir, mais en cas de douleurs, il est essentiel de consulter : des solutions existent.
Le couple évolue
“Faire famille, c’est aussi une forme de business.” - Anna
Il y a un vrai aspect entrepreneurial dans le fait de devenir parent ensemble. Une famille, c’est un système à faire tourner : repas, lessives, relais, nuits…
Et un couple avec enfant, c’est un système à réorganiser entièrement.
➡️ Parlez organisation : qui fait quoi, quand, comment — et on respecte.
➡️ Adaptez vos rôles sans tout vouloir contrôler. L’un ne fait pas “moins bien”, il fait juste autrement. C’est d’autant plus bénéfique pour l’enfant.
➡️ Prévoyez des temps à deux, même courts.
La vie pro et les finances
“Faire un enfant, c’est 8 heures de travail en plus par jour.” - Anna
Les finances, ce n’est pas secondaire. C’est un pilier du quotidien. Entre nouvelles dépenses et revenus qui fluctuent, mieux vaut poser les choses à deux.
Le travail devient aussi souvent un sujet sensible. Reprendre ? Ralentir ? Changer de voie ?
➡️ Ne rien décider dans les 6 premiers mois : trop tôt pour voir clair.
➡️ Mais réfléchir, oui. Et surtout : rééquilibrer la répartition à la reprise.
👉 Les conseils pratiques d’Anna
Le sommeil
Le sommeil est le nerf de la guerre du post-partum. La fatigue s’accumule très vite, donc il faut s’organiser activement pour récupérer.
Quelques stratégies peuvent aider :
- Faire chambre à part temporairement si besoin
- Se donner des “horizons de sommeil” (par exemple : un parent gère de 21h à 3h, l’autre de 3h à 9h)
- Alterner certaines nuits
- Demander de l’aide pour pouvoir faire des siestes en journée
L’allaitement
Si tu envisages d’allaiter, il peut être utile de rencontrer une consultante en lactation IBCLC ou une sage-femme formée pendant la grossesse, surtout en cas de situation particulière (jumeaux, précédent allaitement difficile, etc.).
Tirer son lait peut aussi être une solution précieuse dans certaines situations : cela permet par exemple qu’un autre parent donne un biberon pendant que la mère dort.
L’allaitement mixte est possible, mais il faut savoir que l’introduction précoce de biberons peut diminuer la production de lait, car la lactation dépend de la stimulation du sein.
L’alimentation
Le post-partum demande beaucoup d’énergie, et l’alimentation peut vraiment aider.
L’idéal est d’anticiper :
- préparer des plats à l’avance pour au moins un mois
- remplir le congélateur
- privilégier des plats nutritifs et réconfortants (protéines, légumes, glucides complexes)
Les premières semaines peuvent être vues comme un voyage très intense : plus on anticipe l’intendance, plus c’est confortable.
Le suivi médical, la santé et les compléments
Après l’accouchement, les visites à domicile d’une sage-femme sont possibles et remboursées. Elles permettent de suivre :
- la cicatrisation
- la récupération de l’utérus
- l’état psychique
- la prise de poids et la santé du bébé.
Concernant l’énergie, certaines femmes peuvent aussi faire des bilans plus larges (vitamines, minéraux) pour identifier d’éventuelles carences.
Beaucoup de femmes manquent par exemple de fer ou vitamine D, et un supplément ciblée peut parfois aider à retrouver de l’énergie.
Pendant l’allaitement, il est aussi important de vérifier la compatibilité des médicaments (le site CRAT est la référence pour cela).
Le périnée
La rééducation se fait avec une sage-femme ou un·e kiné spécialisé·e.
Anna recommande de privilégier la rééducation manuelle au départ, afin d’apprendre à bien sentir et contrôler les contractions et la détente du périnée. Les sondes peuvent être utiles dans certains cas, mais elles ne remplacent pas l’apprentissage.
Une fois le périnée rééduqué, la rééducation abdominale peut suivre, et la reprise du sport peut se faire progressivement.
Marcher, faire du yoga postnatal ou bouger doucement est souvent possible assez tôt, mais les sports intensifs doivent attendre la fin de la rééducation.
Les grandes questions posées pendant les masterclass
💬 Comment communiquer dans le couple quand on est épuisé·es ?
Quand on est crevé·e, on n’a plus envie de comprendre l’autre. Alors le ton monte, on s’accroche, on se ferme. Anna conseille de mettre en place un mot stop : quand ça monte trop haut, on dit ce mot, et on en reparle le lendemain. Et garder les bases : merci, pardon, s’il te plaît — c’est bête, mais ça change tout.
Si tu allaites, pense au repos compensateur : 4 heures par jour où l’autre prend le relais. Sinon, faire chambre à part ou diviser les nuits peut sauver l’ambiance. Demander de l’aide aussi : certaines étudiantes sages-femmes assurent des nuits.
Et surtout, s’accorder des moments à deux, même courts. Un resto tous les 15 jours, un week-end tous les deux mois. C’est ce qui fait tenir. À Paris, un couple sur deux se sépare après une naissance. Trop sortir chacun de son côté peut amplifier ce sentiment que le couple est devenu “l’endroit pas fun”.
💬 Quand on a déjà un enfant, comment gérer la culpabilité ?
Le piège, c’est de vouloir faire rentrer le nouveau dans le cadre du premier. Chaque enfant réinvente l’équilibre.
Explique à ton aîné·e qu’un bébé, c’est bruyant, chiant, pas toujours marrant et qu’il demande plus de temps. Ce n’est pas que tu aimes l’un plus que l’autre.
Prévoie du temps seul·e avec chaque enfant, et aussi du temps seul·e pour toi. C’est dur au début, surtout pour les mères, mais ça devient plus facile.
💬 Comment gérer les grands-parents ou autres proches trop intrusifs ?
Pas de recette magique, mais deux repères :
- Si ce sont des personnes aidantes, profite de leur soutien sans culpabiliser.
- Si ce sont des personnes critiques, un petit "oui oui, merci du conseil, je vais essayer" et hop, ça ressort par l’autre oreille. Et si tu ne sais pas trop si cette personne te fait du bien ou non, en parler avec un·e psy peut vraiment aider à y voir plus clair.
💬 Quelles sont les difficultés spécifiques des co-parents dans le post-partum ?
Beaucoup se sentent critiqués en permanence, ce qui les bloque.
- Les laisser apprendre, même avec leurs erreurs.
- Leur laisser du temps seul avec le bébé : c’est comme ça qu’ils mesurent ce que ça implique, et qu’ils créent du lien.
💬 Que faire si le lien ne se crée pas avec le bébé ?
Le lien, c’est comme une rencontre amoureuse : coup de foudre immédiat… ou relation qui se tisse avec le temps. Ça peut prendre du temps et c’est normal.
À 3 semaines, il doit y avoir un minimum de lien. Si tu ne ressens rien du tout il faut en parler. PMI, psy, unité mère-bébé : il y a des solutions.
💬 Comment gérer le sommeil et l’allaitement la nuit ?
Au début, le premier mois peut être difficile le temps que l’allaitement se mette en place. Il est inutile de se lever tous les deux la nuit : le parent non allaitant peut se reposer, éventuellement dans une autre chambre, ce qui peut aider à trouver un équilibre et peut même renforcer le couple.
💬 Peut-on faire un allaitement mixte dès le départ ?
Oui, mais il y a un risque de réduire rapidement la production de lait maternel, car l’introduction de lait extérieur diminue la stimulation du sein. Il est aussi possible de tirer son lait pour compenser.
👉 Les tips et recos d’Anna
- S’entourer de personnes ressources : pro de santé, sage-femme, proches fiables.
- Ne pas rater le rendez-vous postnatal entre 4 et 8 semaines après l’accouchement.
- S’organiser à la militaire dans la répartition des tâches et faire un point tous les 15 jours (même avec un Excel !)
- Faire du sport, se balader au Monoprix… chacun son truc mais il faut garder des moments pour soi.
- Gérer le temps en couple : par exemple prévoir 1 soirée toutes les 2 semaines, 1 weekend par mois et 1 semaine par an rien que pour vous deux.
- Gérer la solitude : voir chaque jour au moins un adulte (ami, parent, professionnel, centre mère-bébé…) sauf si vous êtes naturellement casanière et préférez rester seule.
🛠️ Quelques outils qui peuvent tout changer
- Des étudiantes sages-femmes assurent des gardes de nuit à domicile, y compris si tu allaites 👉 babysittingbaudelocque@gmail.com
- Le Club Poussette, le collectif Du sel dans le café : plein d’initiatives pour souffler, parler, rencontrer.
- Les test EPDS : quelques questions qui permettent de dépister une potentielle dépression du post-partum. Il peut être refait à chaque mois de la vie du bébé sans date de fin. Si le score est supérieur à 10, vous devez voir un professionnel. Si vous avez fait une dépression prénatale et qu’elle n’a pas été traitée, vous êtes plus susceptibles de faire une dépression post-partum : consultez dès que vous sentez les premiers symptômes.
- En cas d’épuisement, les mi-temps thérapeutiques existent.
